Bhallot ou les génies de la fibre écologique

Par 25 avril 2020Archives

Après avoir travaillé pendant deux ans au sein de l’association française Gold of Bengal, Jean-Baptiste et Guillaume, soucieux des problématiques environnementales et sociales actuelles, se sont tournés vers le textile et la mode éco-responsable. Leur défi ? Fabriquer des sacs en fibre de jute et en lin. Leur objectif est de s’éloigner des dérives de la mondialisation et de la production à outrance en proposant des produits sobres et esthétiques.

Quel est votre parcours et quelles étaient vos sources de motivation ?

J’ai fait une école d’ingénieur et je cherchais à mettre mes compétences au service de l’écologie et de causes sociales. Je suis donc parti faire mon stage de fin d’étude au sein d’une association française qui cherchait à valoriser la fibre de jute, servant autrefois à fabriquer des sacs à patates et des sacs à café. Avec mon associé, pendant deux ans, nous avons cherché à développer et à valoriser cette fibre végétale en concevant des accessoires.

Que veut dire « Bhallot » ?

Bhallot possède un double sens. En Bengali, cela veut dire « bien ». Sinon, en français, ce terme fait référence au baluchon en paille. Nous avons choisi ce nom car il renvoit à l’une des valeurs qui compte le plus pour nous : la sobriété.

Quelles autres matières utilisez-vous ?

Nous fabriquons nos sacs principalement avec de la fibre de jute. Le but de notre projet est de travailler avec les matières végétales directement là où elles poussent. Nous valorisons le fait que chaque pays possède ses propres ressources naturelles et ses savoirs-faires. Le jute pousse au Bangladesh. Nous travaillons de A à Z la graine jusqu’au sac sur place avec des coopératives de commerce équitable établies là-bas. Cela nous permet de nous éloigner du schéma du coton qui est une matière très polluante dans la mesure où celui-ci pousse aux Etats-Unis, dans des zones arides et dans de la monoculture. Le coton est ensuite tissé en Asie et peut-être encore assemblé dans un autre pays. De plus, 25% de l’utilisation des pesticides dans le monde est dédiée au coton. Mis à part la fibre de jute, nous travaillons avec le lin. Si 80% de la production mondiale pousse en France, seulement 20% du lin est transformé en Europe. C’est pour cela que nous confectionnons directement le lin dans notre atelier. Nous évitons les problèmes de la sur-mondialisation par la cocréation et les pré-commandes ce qui permet de produire sur demande plutôt que d’amasser des stocks de produits invendus et de les brader pendant les soldes. L’objectif est de confectionner des produits de qualité qui durent dans le temps.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous vous êtes confrontés ?  

La bonne nouvelle c’est qu’il est tout à fait possible de fabriquer des produits respectueux de l’environnement mais le prix est l’une des principales difficultés à laquelle nous nous sommes heurtés. Il faut trouver le juste milieu et réussir à fabriquer des produits pas trop chers en passant par de l’innovation et la low tech. Nos tissus sont en lin sont huilé à l’huile de lin. Il s’agit d’une vieille technologie qui existait il y a 200 ans et que nous avons totalement oublié avec l’arrivée du caoutchouc. Cela permet au sac d’être très résistant à l’abrasion et à l’eau. Nous essayons de remettre d’anciennes techniques au goût du jour afin d’éviter des prix exorbitants. Ainsi, cela nous fait gagner du temps concernant la confection. Nous faisons des produits simples, basiques et très sobres marqués par la sobriété.

Pensez-vous qu’il y a une évolution des mentalités concernant les consommateurs ?

Oui, les mentalités évoluent et on ne peut pas y échapper. Je ne suis pas sûr que cela concerne la majorité des gens mais on sent qu’il y a de plus en plus de projets qui sortent et que l’éco-responsabilité suscite un engouement de plus en plus fort. Mais, dans une société où tout va très vite et où les gens sont pressés, il est parfois difficile de bien expliquer toute la philosophie de notre engagement. Il faut prendre du temps tout en essayant d’être concis. On voit beaucoup de marques qui montent en faisant du greenwashing. Elles disent produire du coton bio mais n’expliquent forcément dans quelles conditions elles le produisent. Elle peuvent aussi faire du made-in France avec des matières pas vraiment écologiques. Il faut s’intéresser à la démarche de l’entreprise : l’argent ne doit pas être une fin mais un moyen.

Quels sont vos projets d’entreprise pour Bhallot ?

Nous rêvons de faire pousser des sacs. C’est-à-dire, avoir le champ à côté du tissage du lin, de la filature et d’essayer de tout internaliser. Nous aimerions faire en sorte que cette chaîne soit le plus proche afin de maitriser le plus de paramètres possibles.

Quels sont les aspects que vous aimez le plus dans votre métier ?

Ce que j’apprécie le plus dans mon travail c’est de voir que j’accompagne la vie des gens sur le long terme. Quand je vois quelqu’un dans la rue porter un de nos sacs, je trouve ça hyper cool. Il n’y a rien de plus satisfaisant que de se dire que nos sacs en fibre naturel partagent la vie d’une personne.

 

N’hésitez pas a vous rendre sur le site de cette superbe équipe: https://www.bhallot.eu

 

Juliette.

 

Article suivant
tlesnik

Auteur tlesnik

More posts by tlesnik

Répondre