Les origines de L’Oustal

Tout commence en 1992, L’Oustal ouvre ses portes. A son origine, cette association est née d’une collaboration entre l’association nationale des visiteurs de prison et le volontarisme de la mairie de Toulouse. Son but est de prendre en charge les personnes isolées, seules et qui on un projet de re-sociabilisation après leur sortie de prison.

Au départ, l’association ne comptait que des bénévoles, mais ces derniers se sont vite rendus compte que cela n’allait pas suffire s’ils voulaient porter leur projet plus haut et consacrer pleinement leur temps à L’Oustal. C’est ainsi que madame Burel, présidente de l’association, est devenue salariée. Elle occupe 50% du travail salarié et une autre personne est embauchée en CDI en tant que salariée. Pour les aider, les bénévoles (au nombre de 15) ont souvent un stagiaire en plus.

Madame Burel et Jean Delaunay

En ce qui concerne la façon dont l’organisation est mise en place, le foyer de L’Oustal comprend 9 chambres pour les anciens prisonniers et l’association en elle-même possède également 8 appartements dans Toulouse pour héberger ces anciens détenus. Le séjour des anciens détenus dure en moyenne deux ans : au départ, ils viennent dans le foyer de L’Oustal, puis lorsqu’ils commencent à être indépendants, ils partent dans les appartements prévus à cet effet. Le but de l’association est d’avoir un suivi de l’ancien détenu à partir du moment où il sort de prison (ou parfois même avant sa sortie), jusqu’au moment où il devient parfaitement indépendant et socialement réintégré dans la vie extérieure. Madame Burel nous expliquait qu’elle allait environ deux fois par mois en prison pour rencontrer ces personnes avant qu’elles sortent en leur demandant pourquoi ils étaient en prison, comment ils se sentaient maintenant et quels projets avaient-ils en sortant de prison. En effet, c’est ce projet souvent professionnel qui relie L’Oustal à l’ancien détenu car cela lui permet de se re-sociabiliser et L’Oustal est là pour l’aider à mener à bien ce projet.

La philosophie de L’Oustal

Souvent, lorsque l’on pense à des prisonniers, on pense au moment où ils ont commis leur faute et au moment où ils sont enfermés en prison. Mais on pense rarement au moment où ils sortent de celle-ci. Plus le temps passé en prison est long, plus il est difficile pour un ancien détenu de retrouver sa vie qu’il avait laissée en partant. Car ce à quoi nous ne pensons pas souvent est le fait que le temps s’arrête pour ces prisonniers pendant parfois quelques mois mais aussi souvent pendant 10 à 20 ans. La société dans laquelle nous vivons aujourd’hui ne ressemble en rien à la société d’il y a une vingtaine d’années. De même, les anciens prisonniers ont parfois du mal à comprendre le temps qu’il s’est passé depuis leur enfermement, et l’âge qu’ils ont pris.

L’Oustal est là pour les aider, les suivre, et leur donner une seconde chance. Les bénévoles nous l’ont dit eux-mêmes, ces personnes ont fait des choses impardonnables, des choses dont personne n’a envie d’entendre parler et n’a envie de vivre. Mais si personne n’est là pour leur donner une seconde chance à leur sortie de prison, alors qui va le faire ? Le fait de seulement leur tendre la main, les écouter, les aider, peut leur donner envie de retrouver une vie saine et stable.

Ces personnes restent des citoyens, car tout le monde est citoyen en France. Ainsi, ils ont les mêmes devoirs que tout le monde, certes, mais également les mêmes droits.  

La paix et la justice pour l’Oustal

En utilisant les mots de monsieur Delaunay, le trésorier de l’association, la paix et la justice sont essentielles dans notre monde, sans cela nous vivrions dans le Far West où chacun est là pour défendre sa peau. Et la réinsertion d’anciens détenus fait grandement partie de la justice, chacun a le droit à de l’aide, puisque cette personne a purgé sa peine.

Il y a évidemment des aides à la réinsertion au sein même des centres de détention mais la réinsertion commence véritablement en sortie de prison. Comment appréhender un monde dans lequel nous n’avons pas vécu pendant 10, voire 20 ans ? Il y a environ 77 000 détenus en France, et chacun a le droit à une justice, à savoir le droit d’être considéré comme tout autre citoyen à sa sortie de prison. Mais malheureusement, cette justice de « l’après-prison » n’est pas encore assez reconnue en France, et le foyer de L’Oustal peine à trouver des subventions pour arriver à développer leur projet.

Leurs subventions, comment font-ils pour vivre ?

Leurs recettes viennent à 22% de la participation des anciens détenus, via leur salaire ou les aides de leurs familles. Mais la plus grosse partie de leur budget (environ 1/3) vient d’aides sociales, notamment l’aide au logement temporaire (ALT). Il y a aussi le ministère de la justice qui donne une aide à hauteur de 9000€, la ville de Toulouse, la Fondation de France. Malgré ces subventions, l’association a du mal à financer ces besoins. Le budget annuel est de 150 000€ mais déjà 87% de ce budget est utilisé seulement dans le chauffage, l’électricité et les salaires des deux employés. Il ne reste plus grand-chose pour l’aide directe aux anciens détenus. Cela devient de plus en plus dur pour le foyer, d’autant plus qu’ils ne produisent rien et que peu de gens suivent leur projet car ils ne savent simplement pas à quoi cela sert. Il y a donc un moment où ils arriveront devant un mur, sans solutions.

Leurs autres difficultés

Les difficultés qui ne sont pas financières sont sociales. En effet, les personnes sortant de prison ont pour beaucoup des problèmes psychologiques et le foyer n’a pas encore de psychiatre ou psychologue à plein temps. Ces derniers sont trop souvent des stagiaires présents seulement pour une courte durée. Ces problèmes psychologiques sont parfois difficiles à gérer car on ne peut jamais comprendre réellement ce que ressent une personne qui vient de sortir de prison lorsque nous ne l’avons pas vécu. Ils ont donc appris « sur le tas » la façon dont ils devaient gérer ces patients qui parfois ont aussi du mal à faire confiance au personnel de L’Oustal, pensant qu’ils n’ont aucun intérêt à les aider.

C’est ainsi que pour briser la glace, les bénévoles mettent en place beaucoup d’activités ludiques et artistiques avec les anciens détenus. D’après monsieur Delaunay, ils sont beaucoup plus à l’aise pour s’exprimer via l’art que via la parole. Récemment, ils ont fait une séance de photographie et ont affichés ces photos dans le couloir du foyer pour montrer qu’eux aussi, ils arrivent à s’exprimer mais peut-être d’une autre manière.

Un dernier message pour l’avenir de L’Oustal

Concernant l’avenir, les bénévoles ont du mal à se projeter. Ils ont encore beaucoup de problèmes financiers aujourd’hui et essayent de vivre au jour le jour avec les moyens qu’ils ont. Ils ont beaucoup d’idées pour faire changer les mentalités, faire grandir l’association mais ce qui leur manque, c’est de l’argent. Ils passent beaucoup plus de temps à chercher des subventions qu’à penser à demain malheureusement.

Le dernier message qu’ils veulent faire passer est évidemment qu’ils ont besoin de bénévoles. Si vous avez envie d’aider des personnes, des citoyens comme vous et moi, qui ont droit à la justice alors contactez L’Oustal, aidez-les physiquement ou financièrement. Evidemment ce qui tient à cœur à ce foyer est ce terme de « seconde chance ». Il faut comprendre que des gens entrent en prison mais le plus important est qu’ils en sortent, les prisons ne sont pas des oubliettes. Et la plupart des anciens détenus ne cherchent qu’une relation de confiance, du soutien pour se réinsérer dans ce monde dans lequel nous vivons, et dans lequel ils n’ont pas vécu depuis des années.

 

Entretien réalisé par Marine BITAUDEAU et Margot COUDERT.