Le 25 janvier dernier, alors que le gouvernement annonçait la création d’un Secrétariat d’Etat à la Protection de l’Enfance, nous avons rencontré Béatrice FOURTEAU, psychologue et coordinatrice du Réseau PREVIOS (Prévention Violences et Orientation Santé). Cette association lutte depuis maintenant plus de 10 ans contre les violences, principalement intrafamiliales, mais aussi les violences sexuelles ou encore au travail. Et pour Béatrice FOURTEAU et l’association, il n’y a pas de secrets : le combat contre ces violences doit passer par la prévention et la formation des professionnels à l’amélioration de l’accueil et l’accompagnement des victimes, auteurs et témoins de violences.

Tout part d’un constat

Revenons-en d’abord au début de l’histoire, la création du Réseau PREVIOS. En 2006, le docteur Agnès THOMAS décide de créer une association pour lutter contre les violences, de différentes formes, et faire de la prévention dans la région. En effet, depuis le début des années 2000, les études montrent que les personnes qui ont été victimes de violence ont plus de problèmes de santé et sollicitent plus souvent les services sanitaires, sociaux et judiciaires au cours de leur vie. Avec l’association, le Docteur Agnès THOMAS souhaitait donc agir pour faciliter la prise en charge des victimes, les aider, et limiter l’impact sur leur santé, dans l’immédiat et dans le futur. Le réseau PREVIOS a toutefois la particularité de ne pas rentrer en contact direct avec les victimes mais de se concentrer sur la prévention et la formation des professionnels susceptibles de rencontrer des victimes.

Formation, prévention et action

L’intervention auprès des professionnels est donc aujourd’hui le but principal du Réseau PREVIOS. Le Réseau propose un catalogue d’actions de sensibilisation et de formation pour partager les bonnes pratiques au niveau des institutions et des équipes. Ces formations sont animées par des membres de l’association qui sont aussi des professionnels dans leurs métiers (cadres de santé, juristes…) et par des associations partenaires. Des interventions ont lieu pour des professionnels de la santé mais aussi des élus municipaux, qui peuvent être très sollicités par les victimes qui ne savent pas à qui s’adresser, des salariés de la fonction publique comme à la CAF (Caisse d’Allocations Familiales) ou au CNFPT (Centre National de la Fonction Publique Territoriale), ou encore des étudiants en médecine et en droit. En 2017, le Réseau PREVIOS a reçu plus de 1 000 demandes (particuliers, professionnels et associations) et même si les formations sont faites principalement dans la région Occitanie, 16% des appels venaient du reste de la France et du monde.
Afin de tenir au courant un maximum de personnes sur ce qui est fait dans la région pour lutter et prévenir les violences, le Réseau PREVIOS rédige également chaque année 3 lettres d’information qui ont été envoyées à plus de 3 500 contacts en 2017, professionnels, particuliers et associations, contre 150 en 2007. Le Réseau prépare aussi des fiches pour faciliter l’orientation des victimes, distribuées aux professionnel, avec le nom d’associations qui prennent en charge les victimes, des lieux d’hébergement et les noms de personnes à contacter en cas de violences..

Et après ?

L’objectif aujourd’hui pour Béatrice FOURTEAU est véritablement de pérenniser l’association. Après le décès de la fondatrice Agnès THOMAS en 2012, le Réseau PREVIOS a dû continuer sans son implication et sa persévérance et faire face à des nouvelles difficultés tout en se donnant de nouveaux objectifs. Parmi ces difficultés, il y a notamment le manque de moyens. L’association couvre maintenant une plus grande région mais son principal financement, l’ARS (Agence Régionale de Santé), a divisé par deux le montant des subventions. Une trésorerie plus solide serait donc la première étape pour que le Réseau PREVIOS puisse se lancer de nouveaux objectifs et en reprendre d’autres, comme les interventions auprès de détenus pour prévenir la violence du côté de ceux qui en sont auteurs, la prévention étant plus importante que la punition selon Béatrice FOURTEAU. Elle nous a également confié se concentrer beaucoup sur la formation de nouveaux intervenants pour les conférences. Avoir plus de fonds et plus de formateurs, c’est l’objectif pour l’instant du Réseau pour réaliser un plus grand nombre de formations et permettre aux professionnels de prendre en charge les victimes, de savoir les identifier et les aider, le plus rapidement possible.

Agir c’est bien, rapidement c’est mieux

Enfin, on en profite pour vous rappeler à tous, et on ne le dire jamais assez, que les violences sont malheureusement plus fréquentes que ce qu’on imagine et que si vous pensez, même sans en être sûr, qu’une personne de votre entourage en est victime, il est de la responsabilité de chacun d’agir. En effet, Béatrice FOURTEAU rappelle que plus vite on intervient, mieux c’est pour éviter que les violences s’aggravent et pour limiter les conséquences dans le futur.

Pour en savoir plus sur l’association n’hésitez pas à cliquer sur le lien: http://site.reseauprevios.fr/

Entretien réalisé par Marine BITAUDEAU et Clara TUILLIER