Un peu d’histoire …

Tout commence en 1961 lorsque des portugais décidèrent de porter un verre à la liberté. Ce geste fût suffisant pour que ces derniers soient arrêtés. Injuste vous diriez ? C’est également la pensée de Peter Bellenson en lisant un article décrivant les faits. Cet avocat, outré par le comportement des autorités, décida de créer Amnesty. Son but premier fût alor

s d’aider les personnes étrangères à son pays et les prisonniers qui ont lutté pour leurs opinions. 

Grâce à cette initiative, c’est aujourd’hui dans 90 pays qu’un secrétariat d’Amnesty a pu voir le jour. Il existe également de nombreuses antennes régionales qui luttaient auparavant pour la défense des prisonniers ainsi que contre la peine de mort.

Seulement, la lutte contre l’injustice est aujourd’hui plus complexe.

Dans la deuxième partie du XXème siècle surgit la Guerre Froide, la situation géopolitique évolue, puis le monde n’est plus divisé en deux blocs mais devient multipolaire, en particulier après la chute du mur de Berlin, en 1989. La mission d’Amnesty se complexifie : il s’agit désormais de défendre tous les droits internationaux.

La mission d’Amnesty à Toulouse

 

Leur mission principale est de prévenir et dénoncer les atteintes à l’ensemble des droits de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948), de défendre les victimes de ces violations et d’exiger réparation. Facile à dire, et concrètement, c’est quoi ?

 

Lors de notre entretien le 22 Janvier dernier, Françoise DABKOWSKI, gérante de l’antenne Amnesty à Toulouse, nous explique concrètement leurs missions quotidiennes. Avec l’aide de 30 bénévoles dans la maison Amnesty et 5000 dans la région, Françoise vient en aide aux demandeurs d’asile : principalement des nigériens, guinéens et albanais, elle nous parle aussi d’algériens, d’ivoiriens, ou encore de russes… En tout, ce sont 230 personnes qui ont demandé l’asile en 2018 à Toulouse. La plus grosse injustice perçue par Françoise est le fait que ces humains, à peine arrivés en France, soient stigmatisés et directement catégorisés comme délinquants.

 

Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ? L’arrestation de ces portugais en 1961, prônant un des plus grands droits de l’homme : la liberté.

La maison d’Amnesty à Toulouse accueille tous les jours de nouveaux demandeurs d’asiles qui font face à ce type d’injustices tous les jours. Sous quel principe une personne peut-elle être présumées délinquante sous seul motif qu’elle n’ait pas la nationalité française ? Aucun. C’est dans ce sens que le combat d’Amnesty est incessant, et que cette association cherche des volontaires pour lutter, tous ensemble, pour les droits humains.

Leurs difficultés

La loi envers les demandeurs d’asile s’endurcit avec le temps, par exemple, le temps de leur rétention autorisé a été multiplié par deux depuis peu, passé de 45 à 90 jours. Cependant, ces derniers ne sont pas moins nombreux. En effet, les réfugiés climatiques s’ajoutent aux demandeurs d’asile et peu à peu, ces personnes se retrouvent dans la rue, faute de place dans les hôpitaux.

Le profil des demandeurs d’asile a également évolué. La maison d’Amnesty à Toulouse accueille maintenant des médecins, avocats mais aussi chercheurs qui, malheureusement, ne trouvent plus de travail dans leur pays d’origine.

L’évolution de la politique européenne est aussi un danger menaçant de plus en plus les demandeurs d’asile. La montée du nationalisme, le fait que l’on ne trouve encore aucun accord entre les pays européens montre une certaine volonté à ne pas faire entrer d’étrangers dans le territoire. Des mesures pour la surveillance des frontières telles que Frontex renforce cet égoïsme de notre « Union » Européenne. Quand est-il de l’état de l’humanité ? Ne sommes-nous pas tous humains avant d’être européens ?

Françoise nous résume cette situation à sa manière, en une simple phrase, s’inspirant de ce que disait Michel Rocard : « On ne peut pas aider toute la misère du monde, mais chacun doit prendre sa part ».

Et après ?

Pour Françoise, Amnesty ne s’éteindra jamais, car les injustices restent, et se multiplient même. Les personnes rongées par l’injustice gardent cette force de vaincre, de survivre face aux autorités qui les privent de leur liberté. En une image, nous pouvons mentionner ce mur, que Donald Trump a pour projet de construire entre le Mexique et les Etats-Unis. Ce à quoi il n’a pas pensé est que ces réfugiés, mur ou non, trouverons un moyen de passer, quitte à mourir pour certains. Ce qu’il faut comprendre ici, ce n’est pas qu’ils fassent cela pour leur plaisir, mais seulement car ils n’ont plus le choix, alors pourquoi ne pas mettre tout cet argent gaspillé dans la réflexion pour l’aide à ces réfugiés, plutôt que dans des infrastructures à durée de vie limitée ?

Avant d’agir et de penser à la place de ces hommes, notre devoir à tous, selon les pensées d’Amnesty International, est de les écouter pour ensemble, trouver des solutions face à ces injustices sociales.

 

Entretien réalisé par Margot COUDERT et Marine BITAUDEAU