La France vit-elle en paix ?

 

Présentation du sujet « Paix, Justice et Institutions Efficaces »

« Paix, justice et Institutions efficaces », voilà notre sujet. Mais, la France vit-elle en paix ? Qu’est-ce que la paix et la justice ? Que viennent y faire les institutions, quel est leur rôle ? Tant de questions auxquelles il est difficile de répondre mais un sujet si large, commun et complexe méritait bien une petite présentation, non ? Pour cela, nous avons eu le plaisir d’interviewer Maurice VAISSE, professeur émérite à SciencesPo Paris mais aussi ancien président du Centre d’étude d’histoire de la Défense et actuel président de conseil scientifique pour la recherche historique au Ministère de la Défense. Expert en relations internationales, il a bien voulu se prêter au jeu des questions-réponses pour nous éclairer un peu plus sur les notions de Paix et Justice.

Qu’est-ce que la paix et la justice ?

Bonne question n’est-ce pas ? Pour Maurice VAISSE, la justice est plus simple à définir que la paix. La justice est à la fois un principe philosophique, un idéal pour tous, et un ensemble d’institutions. On pense dans le premier cas à la justice telle qu’on l’imagine tous quand on pense qu’une situation est « juste » ou « injuste », mais la justice est aussi un groupement de lois, d’institutions comme les tribunaux, qui sont là pour faire respecter la justice propre à un pays. Quant à la paix, sa définition est plus complexe, personne ne sait même la définir autrement que par « l’absence de guerre ». Toutefois, l’absence de guerre signifie-t-elle que la paix règne ? Pas sûr, mais c’est aujourd’hui la meilleure définition que nous avons.

Justice, Paix et Institutions efficaces : quel rapport entre les 3 ?

                Pour certains, la justice se réalise quand elle engendre la paix et les institutions sont là pour la faire respecter. Dans l’idée ce n’est pas si compliqué finalement, si ? Et bien ce qui est sûr, c’est que dans les faits, la réalité est tout autre. L’histoire nous donne de nombreux exemples d’actes de justices qui n’ont pas amenés la paix. On pense par exemple aux traités de paix qui mettent fin à la Grande Guerre en 1919. Ceux qui les ont rédigés et signés pensaient alors que ces traités, ratifiés par des Etats, constituaient un acte de justice mais force est de constater qu’ils n’ont pas vraiment engendrés la paix puisque 20 ans plus tard, une nouvelle guerre se déclenchait, avec, en première ligne, les mêmes pays qu’en 1914. On voit donc bien que la relation entre paix et justice est bien plus complexe qu’elle n’y paraît mais il ne faut pas oublier que l’un ne va pas sans l’autre.

                Et les institutions dans tout ça ? Intéressons-nous un peu à l’ONU (Organisation des Nations Unies), d’ailleurs à l’initiative de notre sujet qui fait parti des 17 objectifs du développement durable qu’elle a fixé. Maurice VAISSE nous rappelle que lors de la création de l’ONU en 1945, son objectif premier est de maintenir la paix. Si elle est aujourd’hui indispensable, l’ONU est aussi parfois impuissante à faire régner la justice et la paix dans certains pays. L’intervention des Casques Bleus en Yougoslavie en 1992 ne règle pas le conflit et plus récemment, l’absence d’intervention en Syrie, faute d’accord entre les membres permanents du Conseil de Sécurité, montre les limites de l’ONU quand il s’agit d’intervenir en faveur de la justice et de la paix. Côté institutions, l’Union Européenne a elle aussi une place plus qu’importante en faveur de la paix et la justice en Europe. La grande réussite de l’UE a été, et est toujours, d’avoir su mettre en place une réglementation économique et politique efficace pour le maintien de la paix, et ce dès la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier). Tout cela fait de la construction de l’UE un des grands moments de la « paix par le droit », au contraire de la « paix par la guerre ».

La France vit-elle en paix ? Le monde connaît-il une nouvelle guerre froide ? Attention à la dramatisation !

                En réaction aux attentats, François Hollande déclare le 16 novembre 2015 « La France est en guerre ». Attention, nous prévient Maurice VAISSE, à ne pas dramatiser la situation pour justifier des prises de position. Il est important de se rappeler notre histoire pourtant proche, celle du XXème siècle. En 1914, 1939, ou encore 1954 en Algérie, oui, la France entre en guerre, mais nous ne devons pas confondre ce qui se passe aujourd’hui avec ce qui s’est passé au siècle dernier. Maurice VAISSE nous confit alors que, au regard du passé, nous ne sommes pas en guerre et que « les gens ne se rendent pas compte de ce que c’était et XXème siècle ».

                Par contre, si nous ne sommes pas en guerre étrangère, il n’empêche qu’il règne sans aucun doute un climat malsain en France, une « étrange paix ». La crise des Gilets Jaunes et les violences qui l’accompagnent et qui nous interpellent tous, montrent la tendance qu’à la France à renouer avec son péché mignon, les conflits internes. Maurice VAISSE pointe la gravité du French Bashing interne en France alors qu’il serait temps pour lui, que les habitants reprennent conscience des atouts et des conditions exceptionnelles dont dispose la France et que de nombreux pays lui envient.

                Au niveau international, là encore il faut être prudent sur ce qu’on entend et ce qu’on dit. Non, la situation internationale actuelle n’est pas une nouvelle Guerre Froide. La Guerre Froide de la 2ème partie du XXème siècle était caractérisée par un monde compartimenté et une méfiance générale entre les pays. Aujourd’hui, on connait un renouveau des tensions internationales avec des questions commerciales, idéologiques, politiques, mais pas une nouvelle Guerre Froide telle que le monde l’a connue.

De l’optimisme, mais…

                Il faut être optimiste dans la vie, et Maurice VAISSE l’est, même s’il nous confie que ce que l’on voit actuellement n’incite malheureusement pas trop à l’optimisme. Il nous rappelle à tous encore une fois que si la facilité de diffusion de l’information est essentielle, il faut rester prudent, sans tomber dans une obsession pour les « Fake News », et que la tendance à croire tout et n’importe quoi, à dramatiser, interpréter et exagérer une situation est une grande menace à éviter.

Enfin, on vous laisse sur une petite réflexion concernant la relation entre paix et justice, avec cette citation de Blaise Pascal « La justice sans la force est impuissante ; la force sans justice est tyrannique ».